La nuit je voudrais mentir

La nuit je voudrais mentir

J’ai Bashung dans la tête. Mais moi, la nuit je ne mens pas. Je voudrais mentir, prétendre que rien n’est arrivé, qu’il ne s’est rien passé et que je ne me réveille pas d’un trop long cauchemar dans lequel les mensonges et la manipulation le disputent à la trahison. Sans parler de ma propre part d’ombre et de névroses qu’il me faut bien trouver le moyen d’assumer.
Encore une nuit blanche. Je ne les compte plus depuis le mercredi 5 août 2020. Le 7 a marqué une bascule et plus rien n’a été pareil après. Avance rapide jusqu’à ce jeudi terrible de janvier, le 21. Celui où je me suis trouvée bien naïve d’avoir cru que, enfin, le pire était passé. Le week-end qui a suivi, pendant lequel enfin la lumière est venue éclairer l’ombre. Et un nouvel uppercut le 27 janvier.
Je me pressentais incapable d’utiliser seule les outils et trucs et astuces pour surmonter le cataclysme et je ne vois plus de thérapeute depuis fin 2019. Alors en attendant un rendez-vous pris fin septembre 2020 pour fin février 2021 (oui, de l’attente mais cette thérapeute, je la « sentais »….), j’ai rusé.
Je me suis rapprochée d’une amie que j’admire depuis qu’on se connait pour sa capacité à transformer le douloureux et l’insupportable, l’insurmontable, pour sa détermination à ne pas rester accrochée à ce qui fait souffrir comme une moule à son rocher (ou comme moi je peux avoir tendance à le faire). J’avais besoin de toute l’aide possible, y compris celle apportée par la pratique qui guide sa vie depuis toute petite. J’avais déjà lu et posé quelques jalons : après tout le bouddhisme est une… philosophie – je vais dire philosophie ou spiritualité, je n’arrive pas à dire religion – une philosophie donc, qui me « parle » depuis cette journée portes ouverte au dojo zen de St Jean du Var en1991. Le première fois de ma vie où je me suis sentie « appartenir ». Bref, je voulais qu’elle me parle du bouddhisme de Nichiren, celui qu’elle pratique et sachant que sa pratique comporte des actions quotidiennes je comptais sur cette visite pour me sentir obligée de… Si j’avais mis en place toute seule dans mon coin une pratique pour m’aider, me soutenir, j’aurais inévitablement fini par composer, par manquer à un engagement pris dans le secret et avec moi même. Surtout vu la lourdeur du truc à dépasser et les blessures archaïques remuées. Là, je me suis dis à moi-même que je voulais être capable de dire à C. à chaque fois qu’on se parlerait que « j’ai pratiqué tous les jours depuis qu’on s’est vues ». Par pratiquer, j’entends en ce qui me concerne, réciter le daimoku autant que le cœur m’en dit / que j’en suis capable, au moins une fois par jour. Que ce soit une minute, une seule fois, ou un quart d’heure ou dix fois dans la journée. Juste prendre et tenir ce minuscule engagement de « pratiquer » quotidiennement. Parce que l’autre alternative, c’était finir par pour de bon me planter dans un mur ou finir en une fois le mois de traitement à dose maximum des antidépresseurs + somnifères + tout ce que je pouvais trouver. tellement je n’en pouvais plus. Bref je n’avais rien à perdre.
Le daimoku, c’est le titre du Sûtra du Lotus (et autant dire qu’après mon parcours de Myesis à l’Ecole du Lotus… ça me « parle » énormément de retrouver le Lotus !!), Nam Myoho Renge Kyo, et c’est aussi l’expression de la Loi de la vie à laquelle le Bouddha s’est éveillé.

Nam-myoho-renge-kyo ne représente qu’une seule expression, mais ce n’est pas une expression ordinaire car elle est l’essence de tout le Sûtra. Vous demandez si l’on peut atteindre la bouddhéité par la seule récitation de Nam-myoho-renge-kyo, et c’est bien la plus importante de toutes les questions. C’est le cœur de tout le Sûtra et la substance de ses huit volumes.
Nichiren, La phrase unique et essentielle, Écrits, 932-933.

J’ai commencé par ne pas trop oser, assumer. Je ne me sentais pas le droit de. Et puis je me suis décomplexée. J’ai vraiment ritualisé ce moment, me suis vue portée par l’élan d’un mini autel chaque matin et à l’engagement « secret » vis à vis de C. j’ai ajouté à mon rituel le fait de poster sur instagram une photo au quotidien avec un commentaire sur mon état d’esprit au moment de ma pratique. Petit à petit, j’ai vu s’éloigner les murs entre lesquels je me sentais enfermée. Je ne sais pas plus aujourd’hui où est l’issue du labyrinthe dans lequel j’erre, mais j’ai au moins retrouvé l’espoir qu’un jour, je ne sais pas quand, il y en aura une et qu’il faut juste que je tienne jusque là, que je cesse pas de croire en cette possibilité. Petit à petit, je vois revenir d’autres élans, comme celui de terminer mon parcours auprès du New Order of Druids commencé et interrompu il y a tellement longtemps que je n’ose pas le dire. La perspective de retourner au boulot (où je n’ai pas mis les pieds depuis ce matin du 11 janvier où je me suis emmenée toute seule aux urgences psychiatriques pour ne pas aller au bout d’un geste suicidaire) me colle des angoisses de folie, juste voir arriver mon bulletin de salaire par courrier postal provoque des tremblements et me laisse prostrée… je ne suis pas encore prête à aborder ce morceau-là et cette incapacité contribue aussi à me miner. Je lis, autant que possible avec des yeux qui partent en vrille (je fais des séances d’orthoptie pour corriger ça) et une capacité d’attention réduite, je lis sur le bouddhisme de Nichiren, sur les Druides et le druidisme. Au fil des lectures, à l’abri sous le tilleul de notre nouvelle maison, je vois se dessiner un début de nouvelle cohérence interne, une où le lierre et le lotus se rejoignent et à partir de laquelle quand le moment sera venu je pourrai trouver et de prendre ma juste place.
En attendant, j’essaie de me lever chaque matin, avec plus ou moins de succès, et de pratiquer. Je n’ai encore failli à aucun jour depuis que j’ai vu C., même si parfois je n’ai pratiqué que l’après-midi, incapable de quoi que ce soit avant ce moment. Je n’ai failli à encore aucun jour, c’est une toute petite chose mais une tellement grande victoire.
Voici les visages de ma pratique ces 36 derniers jours….

2 Comments

  1. Péma Keltoï

    C’est beau ce tableau de ta pratique . Je vois alors avec quels fils se tissent ta tapisserie.
    Le lotus, puisse t’il te guider de l’ombre à la lumière!
    J’aimerai être plus proche et te soutenir.
    Tu as trouvé une voie qui éloigne les murs comme tu dis…c’est beau, c’est énorme !
    Merci pour le partage aussi de cette voie du bouddhisme que je ne connaissais pas.
    J’aime le bouddhisme, j’ai faillis prendre refuge à deux reprise, mais ça ne s’est pas fait. La communauté que j’avais trouvé ne me convenait pas.
    Je suis triste de lire les difficultés que tu as rencontré et que tu vis encore.
    Plein d’amour pour toi de ma part, ❤️

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