Je me suis réveillée en colère ce matin, après une très mauvaise nuit pleine de rêves très révélateurs des choses qui me contrarient et me sont difficiles en ce moment… pas un chouette mélange. Ma colère n’est pas liée à mes rêves, même si j’étais en colère dans mes rêves et, s’il est plutôt bon signe qu’enfin je m’autorise à en ressentir, il n’en reste pas moins qu’une fois là, je ne sais pas bien quoi en faire. Mon bonhomme n’est pas responsable de la situation et j’essaie de ne pas lui en vouloir à lui, mais oui, je suis en colère de la situation et oui, si je n’étais pas toute seule à la maison avec lui (et donc seule à gérer notamment les endormissements problématiques), j’aurais pu célébrer Samhain hier soir comme je l’avais prévu (et parce que je l’avais prévu, par tellement pour une histoire de date dont, comme beaucoup, je m’affranchis de plus en plus (ou essaie…), mais parce que c’était le seul moment qui collait) au lieu de m’endormir comme une masse en attendant qu’il veuille bien, enfin, donner des signes de fatigue.
J’ai écrit juste au-dessus que je ne sais pas trop quoi faire de ma colère; en fait ce n’est pas tout à fait vrai. Quitte à bouillonner, j’ai bouillonné dans la maison. Ce n’était pas conscient, je ne me suis pas dit « tiens, si je passais mes nerfs à faire du rangement, tri, ménage ? », mais c’est ce que j’ai fait. J’ai mis un moment à me rendre compte que finalement, j’ai passé une partir de la matinée à célébrer Samhain.
Ah, non, c’est sûr, pas à mon autel, pas avec un rituel, ni avec des prières ou de la méditation ou des tirages de cartes. Non. Même si mon autel avait ses habits de fête depuis la veille.

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Je me suis occupée de mes citronniers. Enfin, mes bébés citronniers. Ceux qui sont sortis de terre en juin dernier et ont bien poussé depuis. Car oui, je les ai fait pousser à partir de pépins de citrons. Pessimiste sur les chances de réussite, je n’avais même pas pensé qu’ils pourraient tous prendre (et du coup se retrouver un peu à l’étroit, ce qui a motivé mon opération rempotage du jour) et avais donc mis en terre tous les pépins dans le même pot.
J’ai donc rempoté une partie des citronniers aujourd’hui. Une partie seulement car je n’avais ni assez de pots ni assez de terreau pour attribuer un logement individuel à mes treize pousses (bon, en fait, j’ai un peu exagéré : ils n’ont pas tous germé ni poussé puisque j’avais mis en terre quinze pépins). Les pépins mis en terre provenaient de citrons apportés par ma mère qui les avait ramenés de Tunisie où mes parents, ma grand-mère et mes trois aînés étaient allés pendant les vacances de Pâques. Un pèlerinage pour ma grand-mère et un voyage de transmission pour mes enfants qui avaient ainsi vu les lieux familiers de l’enfance et de la vie de jeune adulte de leurs aïeuls.
En effet, mes arrières-grands-parents vivaient en Tunisie depuis que la génération précédente, pauvre et crevant de faim en Sardaigne, était venu y poser les pieds (enfin, ça c’est l’histoire d’une partie de la génération précédente, il faudra que je redemande des précisions à mon père, généalogiste attitré de la famille, y compris de la branche qui n’est pas la sienne). Mes enfants ont ainsi entendu les histoires de ma grand-mère et assisté à la remontée de souvenirs qu’elle pensait oubliés, ils ont vu les lieux familiers, les maisons d’enfance de leurs arrière-grands-parents respectifs, abandonnées lors de l’indépendance et du départ pour une France métropolitaine étrangère… Loin des conditions du départ de leurs aïeuls, ils ont été bien accueillis quand on a vu toute cette tribu zoner, photos à la main, comparant la rue et les maisons aux clichés vieillots. Ils sont même rentrés dans la maison du Bardo où on leur a offert le thé et de la citronnade et d’où ils sont repartis avec des sacs de citrons cueillis aux arbres plantés par mon arrière-grand-père. Ce sont ces mêmes citrons qui ont fait le trajet Tunis-Marseille puis ont continué pour une petite partie jusqu’à ma maison, planqués dans la valise maternelle.
J’ai été très émue de voir ces petites pousses faire leur chemin dans la terre l’an dernier, quelques semaines après avoir enterré les pépins. Et même si je ne m’arrête pas souvent pour y penser, une part de moi est heureuse à la perspective de peut-être un jour pouvoir planter dans le jardin de ma maison (oui, on est d’accord, pas en moyenne montagne !) ces descendants des arbres de mon ancêtre. Des racines perdues pour mes aïeuls, très vite morts d’ailleurs de ce déracinement, qui se retrouvent sous une autre forme quelques générations plus tard et dont j’ai pris soin aujourd’hui, pour Samhain (de façon amusante, les citronniers se sont retrouvés après réagencement des lieux – post photo – juste à côté du pot de chrysanthème…).

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Une réflexion au sujet de « Les citronniers du Bardo »

  1. Quelle jolie histoire ! Quelle précieuse transmission !
    J’aime +++ c’est une vraie richesse que toutes ces pousses « d’arbre à racines familiales ». Je suis vraiment très heureuse pour toi qu’ils aient germé :))))
    Et oui, c’est bien une célébration finalement 🙂

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