Je préviens d’emblée les quelques lecteurs de ce blog, ce billet risque de partir un peu dans tous les sens 🙂

Jeune ado j’étais fascinée par les écrits de Philip K. Dick et ses explorations / jeux autour du concept de réalité.
C’est quelque chose avec lequel j’ai du mal : c’est « quoi » la réalité ? Découvrir que finalement, il y a autant de réalités que de personnes pour la percevoir a été et est toujours quelque chose d’éminemment angoissant pour moi, j’aimerais qu’il y ait une réalité « vraie », factuelle, universelle… ça serait rassurant.
Le fait qu’une personne de ma famille soit schizophrène n’est sans doute pas étranger à ce questionnement autour de ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, bien que ce diagnostic  de schizophrénie ait été posé il y a relativement peu de temps et en tous cas bien après que mes angoisses sur cette thématique aient émergé.
Prenons cette personne : quand elle voit des marques sur sa porte, des traces de pied, des marques de coups, toutes ces choses (que nous ne voyons pas) sont, pour elle, réelles. Et pas pour nous. Nous qualifions ce qu’elle voit d’hallucinations, et pourtant pour elle, ce qu’elle voit est aussi réel que l’est pour nous la vision de la porte intacte. Ces deux « réalités », la porte intacte ou la porte marquée, sont mutuellement exclusives, la porte ne peut pas être marqué ET non marquée (sauf si on admet l’existence de plans de réalités différents).
Une partie de moi a du mal à admettre que dans ce cas le plus grand nombre l’emporte et détermine ce qui est « réel » et ce qui ne l’est pas : la porte n’est pas marquée, donc celui qui la voit marquée hallucine (et doit être médicamenté). Comment être sûr de ce qui est réellement réel, vrai ?
J’ai le même sentiment en ce qui concerne par exemple les deux ans que j’ai passés chez ma grand-mère juste après avoir eu mon bac : mon récit de ces deux ans diffère grandement de celui de ma grand-mère, sa perception des choses aussi. A partir de la même « réalité objective » (des faits, des actes…), nous avons chacune élaboré notre propre réalité, subjective, tout aussi « juste », tout aussi « vraie ». Qui a « raison » quand ces deux réalités subjectives sont mutuellement exclusives ?
Quand je discutais de réalité « objective » avec le CTdP il y a presque trois ans, il m’a répondu ceci qui m’a bien parlé même si ça ne résout pas mon problème : « quant à la réalité objective, elle n’a pas plus de vérité que la réalité subjective, elle est simplement plus proche de la matière ».

Ces questions autour du « réel », du « vrai » refont surface en ce moment, notamment en lien avec ce que je perçois de Kali.
Comment je sais que ce que je perçois est « réel » et pas le (sous-)produit de ma propre activité cérébrale / de mon inconscient ? Et quand bien même ce que je perçois et choisis d’habiller de la forme de Kali serait issu de moi, est-ce que ça le rend moins réel, moins vrai ? Et je ne vais pas même pas rentrer dans le débat existence « réelle » des Dieux et Déesses / archétype / égrégore…
Sans compter que m’occuper avec ces questions sur la réalité ou la véracité de ce que je perçois permet de ne pas aller voir où ça m’angoisse encore plus : qu(o)i est ce « je » qui perçois ?
Un autre exemple : j’ai abondamment parlé sur ce blog de mon jumeau perdu. Et je reprécise ici que je n’ai pas découvert cette notion de jumeau perdu par le biais d’un livre ou d’une tierce personne me proposant cette piste comme explication à des ressentis ou autre. Non : le fait d’avoir été deux puis seulement un in utero est quelque chose qui s’est imposé à moi pendant ma retraite Vipassana.
Est-ce que ça en fait quelque chose de « réel » sur le plan biologique ou est-ce que cette formulation comme étant un « jumeau perdu » est la seule façon de décrire en langage humain une expérience indicible autrement ? Je sais que des ouvrages traitant de ce sujet évoquent des cas où la réalité biologique de l’existence d’un second embryon ne fait pas de doute. Ce n’est pas mon cas : je n’ai aucun moyen de « prouver », ni même d’ailleurs de pistes laissant supposer la « réalité objective » de l’existence de ce frère in utero. Et plus le temps passe et plus quelque chose me souffle que cet habit « jumeau perdu » n’est justement, en ce qui me concerne, qu’un habit, la seule façon de mettre en mots quelque chose d’autre, d’insaisissable sinon. Est-ce que mon jumeau perdu en est moins réel pour autant ?

Cela paraît sans doute bien immature et naïf de formuler tout ceci de la sorte, de ne pas prendre la peine d’aller chercher des définitions, de poser exactement ce que les mots que j’emploie (« réalité ») recouvrent, mais il y a une angoisse qui me saisit dès que je m’approche de ces questions qui rend depuis toujours très difficile le fait de m’y attarder. Sans compter que j’ai toujours le sentiment qu’en la matière, on ne peut jamais être sûr de rien, qu’il n’y a aucune garantie de n’être pas « victime » d’une belle construction du mental qui masquerait quelque chose d’autre.
Bref, dans ce contexte, c’est assez rassurant et apaisant pour moi de lire Nimue aujourd’hui. Je tiens peut-être un bout de piste pour arrêter enfin de chercher en la matière un « absolu » ou pire un « 42 » incompréhensible…

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