J’ai lu ces derniers jours plusieurs billets traitant de l’importance cruciale d’employer les mots pour ce qu’ils veulent dire et pas pour ce qu’on croit (ou ce qu’on veut :)) qu’ils veulent dire. Notamment, dans le contexte du débat qui agite la blogosphère païenne sur le « culte du super-héros », les billets de P. Sufenas Lupus (ou celui-ci), d’Anomalous Thracian ou encore de Sarenth Odinsson (et également un billet plus ancien) .
Cet écho à mes préoccupations depuis une dizaine de jours me fait sourire. Je suis en effet en plein questionnement par rapport au terme de « shaman » ou « chaman(e) » selon la langue des sites / ouvrages consultés. Je le vois employé un peu partout et accolé à un peu tout et n’importe quoi et ça me laisse un sentiment un peu bizarre d’entendre parler de « Native American Shamans ». Pour moi, le terme provient des langues toungouses (parlées en Sibérie) et il signifie personne qui possède la connaissance. Certes, le Larousse 2012 définit ainsi le chaman :

Dans certaines sociétés traditionnelles (d’Asie septentrionale ou d’Amérique, par ex.), personne censée communiquer avec le monde des esprits par le recours à diverses techniques : transe, extase, voyage initiatique.

Selon cette définition, l’utilisation du mot chaman est envisageable de façon plus large que ce que je ressens comme « juste » sans pouvoir entièrement l’expliquer. Et même cette définition ne me satisfait pas : le chaman a-t-il recours forcément aux trois techniques citées, à ces trois-là exclusivement ? Je ne vais pas nier qu’il semble y avoir partout dans le monde des pratiques qui ressemblent à celles du chaman au sein des peuples tougounses, voire qui sont complètement identiques (je ne suis pas assez renseignée pour m’avancer là-dessus) mais je me demande si cela justifie qu’on les regroupe toutes sous le parapluie de « chamanisme ». A mon sens, le mot est éminemment lié à la culture auquel il appartient et l’utiliser pour décrire d’autres pratiques, même très proches, d’autres cultures ne me semble ni juste ni correct (pour les deux parties). D’un autre côté, en l’absence de mot existant dans nos langues pour décrire le « chaman »,  je comprends le recours tentant au mot toungouse, mais il me semble que celui-ci est susceptible de mener à un appauvrissement du sens, voire à un glissement ou un détournement. Et il y a toujours ce truc au fond de moi qui coince et qui n’est pas à l’aise avec la séparation du mot et de la culture dont il émane. Bref, comme je le disais, je suis en plein questionnement et je n’ai pas (encore) de réponses, l’intérêt c’est que ça me permet d’explorer plein de choses intéressantes et surtout ça me force à m’intéresser au sens exact des mots.
Shaman n’est pas le seul mot qui me pose souci. L’emploi du terme Blessing Way (un rituel Navajo) pour désigner les cérémonies modernes au cours desquelles on célèbre la mère à venir dans la femme enceinte me fait aujourd’hui (oui, aujourd’hui car à l’époque, j’avais repris sans trop la questionner cette appellation…) froncer le sourcil les jours où je suis de bonne humeur (et hurler les jours où je suis de moins bonne composition).
Dans le même ordre d’idée, il y a le mot Wicca. Je ne vais pas relancer ici le vieux débat sur la Wicca et la légitimité pour ceux qui pratiquent en solitaire de s’en réclamer… mais c’est bien partiellement cette interrogation qui m’a conduite à m’éloigner de la Wicca. La Wicca a été définie par son fondateur, Gerald Gardner et il l’a définie comme une religion à mystères. Le créateur d’un système a, me semble-t-il, le privilège de fixer comme bon lui semble les règles de son système et reprendre ce système de façon incomplète en prétendant que c’est la même chose me heurte. N’appartenant pas à un coven, je ne me sentais donc pas légitime dans le fait de me définir comme wiccane (mais je peux comprendre que d’autres n’aient pas ce « problème », surtout si on considère l’affirmation de Gerald Gardner lui-même selon laquelle il transmettait une tradition intacte plutôt que d’avoir commencé quelque chose de neuf…), mais ce n’était de toutes façons qu’une partie de ce qui m’a fait m’éloigner de la Wicca.
Qu’on ne se méprenne pas à la lecture de ce billet : je suis plus que certainement coupable moi aussi d’approximations de langage (y compris peut-être dans ce billet !) mais mes récentes interrogations me conduisent à prendre la résolution de faire dorénavant plus attention au sens des mots et au contexte dans lequel ils sont employés. Et je trouve que c’est une excellente chose.

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