J’arrive chez ma thérapeute aujourd’hui, portant LE collier. Après avoir fixé le prochain rendez-vous et payé ma séance du jour je lui dis le collier, mon intuition concernant les pierres et le reste. Elle le trouve beau, elle me dit que je le porte bien. Je ne sais pas si c’est le cas, ce que je sais c’est que je suis heureuse de le porter, que je suis heureuse quand je le porte.
Pas de mots aujourd’hui, ai-je décrété: je veux une séance uniquement sur le corps (je la voulais la dernière fois, mais la dernière fois il me fallait aussi dire), j’ai trop parlé, trop dit, j’ai pas envie. Je sens que les mots ne sont pas ce dont j’ai besoin. Elle s’adapte, me suit dans ce bal que je mène. Je m’allonge sur le matelas, elle me demande demande si j’ai perdu du poids (peut-être, je ne me suis pas pesée depuis des lustres, mais je n’ai pas le sentiment à mes vêtements que je sois plus légère) et quelle partie de mon corps voudrait parler, aurait besoin d’accompagnement. Je dis mon ventre et là, un bruit péristaltique qui ponctue ma demande. Je commente ce bruit d’un « c’est à moi », qu’elle comprend au sens de possession, mais non, je lui explique que c’est juste mon ventre qui dit que c’est à son tour, « à moi ». Je « prends tout sur le ventre » (tout étant ce qui ne me satisfait pas, ne me va pas et que je n’arrive pas toujours à verbaliser, tout étant la protection que je ne me donne pas toujours même si plus et mieux qu’avant), je sens comme un sac de noeuds. Une des dernières séance de focusing m’avait d’ailleurs montré à cet endroit un sac de serpents grouillants, emmêlés…
Elle me masse. Je gargouille. Elle me demande comment je me sens. Pas mal, mais j’ai l’impression que c’est juste lissé en surface, je ne sais pas, ne sens pas ce qu’il y a au fond, en dessous. Elle me dit qu’elle a l’impression que je retiens, que je me retiens, que tout va bien en surface, que je ne veux pas, ne peux pas faire de vagues (amusant, parce que les vagues reviennent aussi en focusing…). Elle pose sa main sur ma nuque, une autre sur mon sternum et appuie un peu dessus, comme on amorcerait une pompe. Je me mets à pleurer. Des larmes qui viennent je ne sais d’où. Je pleure, j’ai le nez qui coule. Elle sent toujours ma respiration retenue, elle m’encourage à laisser venir mon souffle comme il veut venir, à trouver au fond tout au fond quel souffle veut venir. Elle pose ses doigts sur mes lèvres, tient ma mâchoire ouverte parce que je veux continuer à respirer par le nez. Je suis à deux doigts de lui dire que ses mains maintenant ma bouche ouverte, c’est trop violent pour moi mais je lui fais confiance, une part de moi sait, sent qu’elle fait ce qu’il faut pour moi et que si je la laisse faire, si je laisse passer mes résistances, je vais toucher du doigt l’important. Je me tais donc, et laisse ce truc monter. Mon souffle rauque, inégal, haletant. Mon envie de la mordre, mes cuisses pleines de tensions, mes jambes qui donneraient des coups de pieds. Je tente de retenir, elle est là, à mes côtés à me dire de laisser venir, de laisser sortir, que c’est ok de faire des vagues, que je suis en sécurité. Je pleure, je pleure et je crie aussi, un cripleur aigu et puis grave, venu des tripes ou du fond des âges.
Et puis ce froid intense qui m’envahit. Pas un froid extérieur, un froid qui me glace depuis les os, un froid qui me glace peut-être depuis les eaux où nous avons nagé lui et moi. Je ne sais pas. J’ai froid, je grelotte, je claque des dents. Je le lui dis, elle m’enveloppe d’une couverture, frotte mes jambes, mes bras, mon dos, mes pieds, mes mains pour me réchauffer. Elle m’encourage à laisser venir, sortir, dire, à ne pas fermer la bouche, à libérer au niveau des lèvres, de la mâchoire. Tant pis pour mon nez bouché, plein et qui coule pourtant. Laisser sortir par la bouche. Je pleure, je halète, je fais un peu d’asthme, je tremble. J’ai tellement froid. Je me roule en boule sur le côté droit, elle se glisse dans mon dos, tout contre moi, me contenant, m’entourant, m’accompagnant. Caresse mes cheveux, me frotte les bras, le dos, les jambes pour me réchauffer. M’encourage, me murmure à l’oreille. Je suis une boule de je ne sais quoi secouée d’un truc intense et violent, qui me vide.
Elle s’interroge quand je dis que je suis vidée et je précise que c’est au sens positif. Je pense vidange. Dès que le mot vidange passe mes lèvre, ma tête le voit écrit autrement, vie d’ange. Quand je suis revenue, que je suis prête à me rasseoir (j’enfile mon gilet aussi sec, j’ai toujours un peu froid), elle me dit qu’elle pense que ce qui est sorti aujourd’hui datait d’une période préverbale. Peut-être même avant la naissance. Le froid glacé de la mort, de la solitude. Ca me parle, ce qu’elle dit. Et je vois combien mes jambes qui voulaient tricoter, me font alors penser à un bébé tout entier pris dans son émotion, la vivant dans tout son corps faute de mots pour dire, comme une boule d’émotion.
Quand je sors, j’ai l’impression que j’ai libéré un gros truc. Après avoir marché sous le soleil jusqu’au parc le plus proche, je continue à penser que c’est un gros truc mais que ce gros truc n’est que le début, la pointe d’un iceberg que je ne fais que deviner pour le moment. Je pressens que je vais sans doute avoir besoin d’un rendez-vous la semaine prochaine, que 15 jours est sans doute un pont trop long entre aujourd’hui et la prochaine fois. J’ai le sentiment que ce n’est pas par hasard que je portais aujourd’hui le pantalon offert par ma soeur pour mon anniversaire et le collier… comme s’il fallait que la fratrie soit au complet, même symboliquement, pour que tout ceci puisse émerger.
Sous l’arbre qui tend ses bras nus vers le ciel, je suis à la fois vidée et apaisée. Les deux pieds plantés dans l’herbe, les mains dans la terre, je bois, je me nourris. J’ai le sentiment que je suis forte. Connectée. Et que la Vie, à tous points de vue m’apporte exactement ce dont j’ai besoin. Que lui me précipite involontairement mais fort à propos là où je sens qu’il est bon pour moi d’aller, qu’elle est là pour m’accompagner.
I Am Exactly Where I Need To Be.
I AM.
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4 réflexions au sujet de « I Am Exactly »

  1. Intense ! Tellement intense… et intime. Tu as beaucoup de générosité de le mettre ici… je trouve ça impressionnant de vous deux, ce tandem de « travail », de recherche… brrrrr….

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