Cours de chant hier, une troisième séance. Je lui annonce fièrement que pour la première fois, samedi dernier, j’ai chanté avec des amis. Juste parce que j’en avais envie et que personne ne m’a dit de me taire, que personne n’est mort de m’avoir entendue et que c’était chouette. J’ai aimé son enthousiasme à cette nouvelle, j’ai aimé qu’elle m’encourage, qu’elle me félicite. J’ai aimé qu’elle soit de mon côté, qu’elle s’intéresse à ça, qu’elle soit dans l’humain avant toute chose. Et puis après avoir papoté et fait nos bulles respectives, nous avons attaqué.
Des vocalises. Sulfateuse (ou le « cheval », comme vous voulez, moi j’aime bien la sulfateuse, souvenir d’enfance). Et comme je n’arrivais pas à tenir le « cheval », on a enchainé sur or a or a or…
Dans les « un peu aigu » je lui dis que je peine. Elle rigole et me dit que je suis loin d’être au plus loin de ce que je peux faire, que je suis *là* (note sur le piano) alors que je peux aller jusque *là* (note bien plus aigüe sur le piano). Et elle ajoute aussi qu’on va reprendre en montant moins vite. Et ça passe mieux. Et puis elle s’arrête et m’annonce qu’on va chanter. Que les vocalises me font rester dans l’intellectuel, dans l’exercice, dans le « je veux bien faire » et que je n’ai pas besoin de ça, que j’ai besoin d’apprendre à laisser vibrer, à vivre. Et que je vais chanter. Elle farfouille, sort la partition du menuet d’Exaudet, joue la première ligne au piano et c’est parti. Je chante, en français. Cet étang, qui s’étend… Et ça ne passe pas ou mal. Surtout sur le « tang / tend ». Elle me dit d’essayer en anglais et là, pouf, ça va tout de suite mieux (cool et pool, j’y arrive mieux). Sans doute plus facile de chanter en anglais qu’en français (question de mélodie, de champ fréquentiel de la langue (ah, relire les livres de Tomatis !)) et compte tenu de mon histoire, je ne suis pas surprise que ça le soit encore plus pour moi en particulier. J’ai aussi des problèmes avec le rythme: la théorie, ça va bien, mais marquer, tenir le rythme, même basique, je n’y arrive pas. Elle m’a proposé des petits exercices pour ça, basés sur de la kinésiologie. Histoire de faire des ponts entre les deux hémisphères cérébraux. Et ça, à moi la gauchère pas si gauchère, ou la gauchère si gauche, ça me parle. Je me suis toujours sentie coupée en deux, jamais l’un ou jamais l’autre. Et si je comprends maintenant que c’est en lien avec mon frère jumeau, il faut encore que je travaille à réparer ça.
Vers la fin de la demi-heure, elle me regarde et me dit: « tu vois, là, en fait, maintenant tu pourrais continuer et faire une séance plus longue, c’est super, ça vient ! ». Elle a alors joué le menuet depuis le début, intro et tout et je me suis lancée, juste quand et comme il fallait… pour m’arrêter au premier mot. Elle m’a grondée en rigolant: « mais, pourquoi tu t’arrêtes ?! Tu avais la note, c’était bien, tu étais dedans, ose, chante carrément, n’aie pas peur ! Joue-là cantatrice, vas-y !! ». Pour elle, mon souci principal, ce n’est pas de jouer de ma voix, mais d’oser le faire, de me défaire de ce « tais-toi, tu chantes faux ». Peut-être que je finirai par arriver à la croire.

Si vous ne connaissez pas, le menuet chanté en français (si je ne me trompe pas, pas de carte son sur ma machine, donc je ne peux pas vérifier) est écoutable (Airs of the 18th Century, Exaudet’s Minuet).

5 réflexions au sujet de « Menuet d’Exaudet »

  1. Mon Dieu… j’adore quand tu nous parles de chant… Je voudrais être en toi et ressentir ces choses. Ca me parle au plus profond, tu peux pas imaginer ! On n’est pas exactement pareille, mais je me rends compte que j’ai vraiment un truc à explorer avec ma voix quand je te lis… c’est dingue. Ce truc à laisser sortir, à vivre, etc.

    J’espère que tu continueras à nous raconter !

  2. Moi aussi, j’aime comme tu racontes. On sent bien que tu as des barrières mais ça ne demande qu’à sortir.
    Et le plaisir que tu prends à chanter est palpable.

    Mode perso on : J’ai eu comme un choc en suivant le lien vers la partition et en voyant la couverture du livret des Bergerettes. Plein de souvenir de mes cours de chant lyrique au conservatoire me sont remontés en pleine figure !
    C’est drôle mais à l’époque, je les trouvais gnan-gnan ces morceaux, ces histoires de Lisettes et de bergers qui regardaient les feuilles à l’envers tout cela enrobé joliment, la célébration très pastorale des bois et des champs, ça me barbait. Je préférais chanter en latin, au moins, cela semblait moins ridicule à l’ado un peu border-line que j’étais… 🙂 « que ne suis-je la fougère » ou « maman dites moi » pffff !
    Ton billet me parle et je sens comme un appel, là, à retourner fouiller les cartons dans le grenier chez mon père pour retrouver ce livret et voir si j’ai un peu mûri depuis. 😉
    Merci pour cette madeleine très proustienne 🙂

  3. @Valiel: merci pour tes mots, ils me touchent. J’espère que tu feras tes propres explorations et que tu les partageras, j’adorerais te lire sur ce sujet 🙂
    @Taàri : « chant lyrique au conservatoire », waow… Je suis curieuse de savoir si ta perception de ces morceaux a changé maintenant, ou pas….

  4. Ben ça va te faire rire… j’ai en « brouillon » une catégorie « musique sacrée » depuis la création du blog ! XD J’espérais aborder le chant notamment…

  5. Je ne ris pas, je souris, grand jusque là…. pourquoi est-ce que ça ne me surprend pas 😀 ???

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