Depuis une dizaine de jours, presque à chaque fois que je me croise dans un miroir, je pense à la Madone et plus particulièrement à celle de Munch. Surtout quand mes cheveux sont attachés en demi-queue. J’ai commencé par penser que c’était uniquement un effet secondaire de la lecture de My Name is Asher Lev, de Chaïm Potok. Encore un livre qui ne m’est pas tombé dans les mains par hasard : juste à un moment où j’étais en plein débat sur ce qu’est ou pas l’Art et se déroulant au sein d’une communauté juive hassidique (en l’occurence, les ladover, « fictionnalisation » du groupe loubavitch je pense), ce qui me touche toujours beaucoup puisque j’ai passé trois années  à l’INALCO a étudier l’hébreu et que j’ai fortement songé me convertir au judaïsme pendant un certain nombre d’années.  Le narrateur et personnage principal, Asher Lev est artiste peintre dans la moindre fibre de son être, ce qui n’est pas sans poser problème au sein de sa communuauté. Le point de rupture est définitivement atteint, quand, manquant d’imagerie existant dans son monde religieux, il a recours à une scène de crucifixion mettant en scène sa mère ainsi que son père et lui même en témoins et cause du déchirement si intense de celle-ci entre les deux hommes de la famille. Un livre qui m’a fait une très forte impression, dont j’aimerais bien lire la suite et qui m’a donné envie de relire The Chosen.
Il m’a fallu revoir le tableau et pas juste me contenter de son souvenir pour comprendre pourquoi cette lecture a causé cette association entre cette Madone-là et moi.


Madonna, Edvard Munch (1894-5)

Madonna, Edvard Munch (1894-5)

Représentation inhabituelle de la Madone, même si l’on y retrouve des aspects plus canoniques : l’auréole, les yeux fermés qui symbolisent la modestie, la lumière qui vient du dessus. Physiquement, les cheveux peuvent me rapprocher de ce tableau. Mais il me semble que cette association que je fais vient de la dualité présente dans le tableau entre le séculaire (et même l’érotique) et le sacré, entre la vie et la mort (son corps est certes tourné vers la lumière mais il me rappelle les corps tordus des crucifixions), entre le divin et l’humain. Comme souvent chez Munch les femmes sont à la frontière entre les opposés, à la fois une chose et son contraire (et c’est aussi pour cela que j’apprécie David Lynch, mais c’est une autre histoire). 
Et ces lignes qui ondulent autour de son corps nu, plein en un rythme doux et suggestif, qui épousent ses courbes, qui symbolisent l’extase de la conception. Alors que je me débats pour me (re)connecter à mon corps, qu’une question essentielle reste encore en suspens parce que je ne suis pas encore prête à explorer dans cette direction, j’avais / j’ai peut-être besoin d’une image aussi forte que cette Madone pour pleinement intégrer que le corps, mon corps, mon enveloppe, mon temple est divin lui aussi. Une fois réconciliée avec lui, forte de cette assurance, il me sera peut-être plus facile d’aller creuser dans l’ombre…

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