Mon billet d’hier m’a fait repenser à un post écrit sur un forum, presque trois ans après mon dernier accouchement et que je reprends presque exactement ici.

Depuis plusieurs jours j’ai envie d’intervenir sur ce sujet des douleurs de l’accouchement.
J’vous r’fais un historique rapide (pardon pour celle qui savent déjà) mais que je pense important parce que je crois que mes deux précédentes expériences ont justement joué leur rôle dans ma perception de la douleur ou plutôt dans le fait que « douleur » n’est *vraiment* pas le mot qui me viendrait pour qualifier mon troisième et dernier (enfin, à ce jour) accouchement.
Premier (non-)accouchement par césarienne, bien vécue sur le moment (ma soeur et moi sommes nées par césarienne, avec souffrance foetale dans les deux cas et hémorragie quasi fatale à ma mère pour la naissance de ma soeur). Ce n’est qu’enceinte de mon second que j’ai réalisé l’énorme « NON » que ça me faisait intérieurement et que j’ai réalisé tout ce que j’avais mal vécu mais que d’une certaine façon je ne m’étais pas autorisée à exprimer parce que l’essentiel (pour moi) avait été sauf : pas de souffrance foetale… qu’on m’ait charcutée, immobilisée, infantilisée, niée, pas accompagnée, blessée c’était « pas grave » pour moi au regard de ce point-là. Donc voilà au second je mesure pleinement tout ce que j’ai mal vécu. Et je réalise plein de choses par rapport à la naissance, aux conditions dans lesquelles elle se passe en milieu hospitalier : je questionne la césarienne (savoir pourquoi elle a eu lieu pour éviter la seconde) et partant de là c’est tout un fil qui se déroule, tout plein de gestes qui sont venus avant que je questionne eux aussi. Et quand on me dit « non, pas de deuxième césarienne d’office, bien sûr » tout en me parlant des protocoles auxquels je serais soumise et qui me semblent avoir joué plus que leur part dans cette première césa, je pense « mon oeil ». Toute ma seconde grossesse est orientée dans cette lutte pour éviter la césa et le jour J, j’arrive à l’hôpital après avoir perdu les eaux et en ayant des contractions régulières. Sauf que j’avais oublié un point important : moi. J’étais pas prête à accueillir les contractions, je le pouvais pas, j’étais dans une logique de « lutte » tout le long de ma grossesse.. je « lâchais » pas, j’avais mal, j’ai donc demandé la péri, en toute connaissance de cause cette fois, péridurale qui a été mal latéralisée : je ne sentais rien à droite et tout à gauche, extrêmement déstabilisant… bref, accouchement par voie basse, youpi, mais extraction aux forceps.

Troisième grossesse, je suis plus zen parce que je sais que mon corps peut accoucher (ben oui, je n’en étais pas sûre la fois d’avant). Je fais du yoga prénatal, et je suis dans ma bulle mis à part en fin de grossesse quand je rencontre le gynécologue abject de la clinique où j’avais initialement prévu d’accoucher (j’ai raconté cette visite sur mon site).
Le jour J, équipe super au CHU où j’accouche finalement : la poche n’est pas rompue à mon arrivée (à 20h, j’ai fait une bonne partie du travail à la maison, ma sage-femme est venue et nous sommes partis au moment où je sentais que si on ne partait pas là, je ne pourrais plus partir – pas question d’un AAD (accouchement à domicile) pour mon homme et pas possible pour moi de le faire sans et contre lui) et les SF n’y touchent pas, première bonne surprise. La péri pourtant protocolaire en cas d’utérus cicatriciel ne m’est pas posée (je pensais au mieux avoir le cathé sans rien dedans, ben non, rien, même pas ça) et je n’ai même pas à me battre pour ça, je peux bouger, je ne suis pas scotchée à une table, j’ai un ballon, de la musique, j’ai mon collier avec les voeux de mes amies, je suis liée à toutes ces femmes qui ont accouché… c’est physique, c’est intense, ça brasse dans mon dos, ça brasse fort même, c’est puissant mais je ne qualifierais pas ça de douloureux. C’est la Vie qui pulse dans mon dos, qui m’essore, qui me change… tout au long de ma grossesse j’étais dans ce « truc initiatique de femmes », ben là, voilà, c’est la Vie qui parle à travers moi, je me sens reliée à toutes les femmes du monde, à toutes celles qui ont existé à toutes celles qui existeront, c’est limite mystique comme expérience, mais certainement pas douloureux.
Peut-être que j’étais dans ma bulle, que je m’étais « conditionnée » pour ne pas avoir mal parce que l’enjeu était important pour moi, peut-être que ce sont les techniques apprises avec le yoga (l’exercice des pointes de pied S. de K 🙂 !! Tiens, parlant de yoga, une des dernières séances m’avait fait physiquement revivre l’accouchement d’A. avec la péri mal latéralisée, un sacré choc, j’étais en larmes… je crois que ça a permis aussi que je sois sereine le jour J, mon corps avait évacué le traumatisme), j’en sais rien, mais « douleur », ce n’est vraiment pas le mot qui me vient pour parler de cette naissance.
Le moment où je perds peut-être les pieds, submergée par la force qui pousse sans que j’y fasse rien, la poche est percée par une des SF et là, les SF me disent de ne pas pousser, elles ne sont pas prêtes, mais je ne peux pas arrêter : CA pousse, c’est pas moi qui pousse… CA pousse, mon corps joue son rôle, ma tête n’est pas là – enfin !!! – déconnectée, je suis animale. CA pousse, et là, LE miracle pour moi : je sens mon bébé sortir… il est né, il est 22h. J’ai répété ça en boucle pendant longtemps, « je l’ai senti », « je l’ai senti »… c’était tellement énoooooorme pour moi de sentir ça !
Quand j’ai eu fini de m’émerveiller d’avoir senti, d’avoir vécu ce truc puissant et fabuleux, enfin, quand j’ai commencé à redescendre parce que ça m’émerveille toujours !, 20 minutes au moins avaient passé et on s’est préoccupés de regarder si le p’tit bout qui avait trouvé mon sein était une fille ou un garçon Smile ! Et là, l’ultime bonheur, que ce soit ma fille qui m’ait fait ce cadeau… je sais pas, ça remet des choses en place par rapport à l’histoire de césariennes familiales, quelque chose de l’ordre de « ma fille, elle sait naître et elle saura faire naître ».

Une réflexion au sujet de « Les douleurs de l’accouchement »

  1. « tout au long de ma grossesse j’étais dans ce “truc initiatique de femmes”, ben là, voilà, c’est la Vie qui parle à travers moi, je me sens reliée à toutes les femmes du monde, à toutes celles qui ont existé à toutes celles qui existeront, c’est limite mystique comme expérience, mais certainement pas douloureux. »
    c’est ça qui a été le renoncement pour moi en tant que mère en attente d’enfants adoptés, après le lien biologique ou l’enfant qui nous ressemble ça n’avait pas d’importance. je suis toujours ravie que les femmes prennent conscience de l’importance d’une grossesse et d’une naissance comme d’un évènement dont elles sont actrices et pas assitées.

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