Couverture de "La Femme Lunaire" de Miranda GrayAprès avoir quelque peu tergiversé, j’ai décidé de publier ici mes réflexions, souvenirs, questions suite à la lecture de La Femme Lunaire de Miranda Gray.
Après la relecture de l’introduction, je dois dire que je regrette le ton très généraliste de l’auteur. J’aurais apprécié de trouver des références précises étayant notamment ses affirmations sur le tabou menstruel (qui, où, quand ?). Là, on reste dans le flou et c’est bien dommage. Ceci étant dit, je comprends fort bien que là n’était pas l’objet de son livre, mais j’aurais apprécié au moins un renvoi vers un ou plusieurs ouvrages / études / références détaillant ces questions.

Les objectifs de l’ouvrage sont clairs : démontrer que le cycle menstruel est un processus dynamique qui, lorsqu’il s’affranchit du conditionnement psychologique et des contraintes sociales, joue un rôle actif et positif dans notre évolution physique, émotionnelle, intellectuelle et spirituelle, mais aussi dans celle de notre société et de notre environnement.
Les parties sociologie et tabou de la menstruation abordent le conditionnement psychologique et les contraintes sociales qui pèsent sur notre perception de nos cycles menstruels : les règles sont considéres comme sales, les femmes en période de lunes comme impures et même lorsque l’existence d’un SPM est médicalement reconnu, la perception du cycle menstruel reste négative, comme générateur d’un état négatif qu’il aut canaliser et / ou dont il faut s’affranchir.
Les énergies menstruelles sont enfin abordées, avec leurs différentes orientations selon la période du cycle et l’accent mis sur le fait qu’en cas de non fécondation l’énergie qui n’est pas utilisée pour le développement d’une vie nouvelle ne doit pas être muselée : il incombe à la femme de trouver les moyens d’exprimer cette énergie non plus par la création mais par la créativité.
Se reconnecter à son cycle ne peut se faire sans un travail de prise de conscience. Miranda Gray propose à cet effet de tenir un journal de lunes et pose également diverses questions relatives à notre cycle menstruel et à la façon dont il se manifeste, à nos antécédents en la matière, à notre entourage.

J’ai trouvé intéressant le retour en arrière pour me souvenir de mes premières règles. Je l’avais déjà fait à l’occasion de la célébration des premières lunes d’une amie, je lui avais conté ce que je n’avais jusque là jamais dévoilé à personne, mes premières règles, ma réaction, celle de ma mère, ce que j’aurais souhaité pour moi et ce que je souhaitais pour elle. Depuis, j’ai pris conscience d’autres éléments dont je n’avais pu ou su me souvenir à ce moment.
J’ai eu mes règles en troisième, juste avant ou juste après avoir eu l’appendicite. Peut-être plutôt juste avant, car je crois me souvenir que mon cycle suivant avait été plus long et j’en avais déduit qu’il avait été perturbé par l’opération. Je me souviens de la visite médicale et de la remarque de l’infirmière me disant qu’il s’en était passé des choses cette année.
Bref, j’ai 12 ans, je suis probablement la dernière fille de ma classe à avoir ses règles. Je ne le sais pas précisément car nous ne sommes pas très proches et de toutes façons, les règles, c’est un peu tabou. Tout au plus y a-t-il dans les toilettes des échanges discrets de pochettes avec dessus des petits noeuds qui ressemblent à des bonbons. Les autres filles ont l’air de trouver ça pénible. J’ai souvenir de l’embarras d’une camarade de classe, assise dans la cour sur les genoux de son copain qui s’était relevée en laissant sur le blanc du pantalon dudit copain une tâche de sang :(.
J’ai eu vaguement mal au ventre toute la journé, l’impression d’être barbouillée. Ca ne fait pas franchement mal, c’est juste bizarre. Je rentre à la maison (j’habite dans le collège) pendant la récré de l’après-midi pour aller aux toilettes (francement vu la tête des toilettes du collège, hein, y’a pas photo, je suis mieux à la maison !) et je vois du sang dans le fond de ma culotte. Je me souviens bien de cette culotte aux couleurs un peu passées dont le fond était en espèce de coton éponge. Je ne sais plus si je suis montée dans la salle de bains prendre une serviette, ou si j’ai juste plié du papier toilette au fond de ma culotte. Je savais ce qui m’arrivait, il y a bien longtemps que le sujet des règles avait été discuté à la maison. Il en avait en particulier été question quand j’étais en CM2 : une fille m’avait fait la tête quand j’avais dit que je pensais qu’elle avait ses règles, pas à cause de ses « humeurs », hein, mais juste que je la voyais grande, formée, pubère quoi ! Je ne m’attendais pas à une telle réaction, d’autant plus que N. qui venait d’avoir ses règles était elle arrivée ce jour-là à l’école vêtue d’habits de fête… différentes cultures, différentes réactions. Nous en avions aussi parlé avec ma mère quand devant mes maux de ventre à répétition accompagnés de pertes « bizarres », elle avait émis l’hypothèse que j’allais peut-être avoir mes règles. Je me souviens qu’elle m’avait proposé de marquer d’une croix les jours de maux de ventre sur le calendrier familial. Et puis il y avait eu le cours de biologie l’année d’avant, avec les pouffements des filles et les toux gênées des garçons.
Je suis retournée en classe après la récréation. Toute la soirée, j’ai attendu que ma mère voit, devine que quelque chose était différent; je pensais lui tendre des perches subtiles qu’elle n’aurait qu’à saisir, comme trainer sur son lit pendant qu’elle se préparait pour aller au cinéma, mais rien. Et je n’arrivais pas à initier la discussion. Les serviettes et tampons étaient depuis toujours accessibles dans la salle de bains, je me suis servie.
Je n’ai finalement laché le morceau que le lendemain, en rentrant de cours le midi ou alors à la récréation du matin tandis que nous nous croisions à la maison : « au fait, hier, tu sais, j’avais mal au ventre. Ben comme diraient les copines, c’est les emmerdes qui commencent ». A ce jour, je ne sais toujours pas pourquoi je l’ai annoncé comme ça, moi dont la première réaction en voyant ce rouge au fond de ma culotte a été d’être émerveillée parce que dorénavant je pourrai donner la vie. Je crois qu’il s’en est suivi une rapide discussion technique qui doit se résumer à « tu sais quoi faire, c’est bon ? » ou quelque chose dans ce goût. Nous n’avons par la suite plus vraiment discuté de règles. Je n’ai jamais su quand ma soeur a eu les siennes. Sans être vraiment tabou, il y a beaucoup de retenue autour de tout ce qui touche au sexe, à la reproduction, à la féminité, à la masculinité.
Ma mère a du se charger d’en parler discrètement à mon père, puisque quelques temps après lors d’une discussion chez un chiropracteur qui demandait si j’étais réglée, il a répondu que oui.

Je n’ai jamais eu de problème de règles douloureuses, mes cycles ont très vite été réguliers et les seuls inconvénients à cette période du mois tenaient aux protections périodiques de l’époque : j’avais toujours l’impression d’avoir une couche culotte aux fesses et que tout le monde pouvait savoir que j’avais mes règles. Ca n’a d’ailleurs pas duré longtemps puisque dans l’année qui a suivi il nous a été donné des échantillons de serviettes qui m’ont plu. Je me souviens que nous en avions eu deux paquets de deux et que je m’étais étonnée que ma mère n’en propose pas à ma grand-mère. Je crois que je ne voyais pas ma grand-mère si vieille, ou alors j’avais oublié la ménopause. Quand ma mère m’a dit qu’elle n’en n’avait pas besoin, j’ai pensé « ménopause », mais je réalise aujourd’hui qu’en fait il ne s’agissait pas de ça puisqu’elle avait subi une hystérectomie quand ma mère était adolescente. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos serviettes. Celles de l’échantillon m’ont plu : de forme silhouettée, avec un voile sur le dessus de contact agréable et un effet « au sec ». Les premières du genre. Ma mère continuait à utiliser les serviettes-couches-culottes ou des tampons, j’avais moi opté pour ces serviettes. L’été qui a suivi mes premières règles, j’ai piqué des tampons dans la salle de bains : pas question d’affronter les jours plage ou piscine sans ! Mode d’emploi bien fait, applicateur corolle facile d’utilisation. Après ça, la rentrée, le lycée, l’internat : j’utilise tampons et serviettes, pliées et sous emballage individuels, plus pratiques à trimballer toute la journée. Je ne renoue avec les protections périodiques à effet couches-culottes qu’à la maternité après mon premier accouchement. A ma seconde grossesse, je connais une pause de 9 mois (grossesse) puis 17 mois (allaitement) vant de retrouver mes règles. Sans enthousiasme, sans appréhension non plus.

Ce n’est que depuis le retour de couches après ma troisième grossesse que j’ai commencé à être différente aux alentours de mes règles et à vivre un SPM. Peut-être qu’avant j’étais tellement occupée à considérer cette période du mois comme une période « normale même pas mal » que je ne voyais ni ne sentais rien. Depuis, mon corps me parle, ou peut-être que c’est moi qui sait l’écouter. J’ai opté avec bonheur pour l’utilisation d’une Diva Cup et je me posais la question l’autre jour de ce que serait le jour des premières règles de ma fille. Faudra-t-il que je pense à avoir des serviettes à la maison « avant » ? Je me demandais aussi comment elle m’en parlerait.
Dans la mesure où je suis assez ouverte et sans (trop de) tabou sur la question, je pense qu’elle saura aborder le sujet avec moi. J’espère aussi que je saurai être à l’écoute. Sur le plan « technique », je ne me fais pas de souci : ses frères sont déjà au courant du fonctionnement du corps féminin (de leur corps aussi), de l’usage des tampons, serviettes et autres coupes menstruelles puique j’ai répondu franchement à leurs questions. En voyant ma cup ce matin, ma fille (3 ans ce mois-ci) m’a dit « c’est pour quand le sang coule ». J’ai confirmé que oui, j’avais mes règles. Donc, non, pour tout ce qui est biologique et pratique, je ne pense pas que le jour de ses règles sera une découverte. J’espère juste que je saurais aussi l’accompagner – si elle a besoin de moi – sur les autres plans… que nous pourrons célébrer son entrée dans un nouveau cycle de sa vie, qu’elle sera accompagnée d’autres femmes si elle le souhaite, qu’elle puisse vivre ce lien entre toutes les femmes. Je souhaite aussi que les remarques qui fusent parfois du type « mais t’as tes règles ou quoi ? » ne viennent pas pertuber son ressenti de sa féminité. J’ai l’espoir que je saurais transmettre, même sans mots, le merveilleux qu’il y a à être femme, à pouvoir abriter et nourrir la vie, l’importance d’être en accord avec son corps, de le connaître, de le respecter, de l’honorer, de le célébrer.

5 réflexions au sujet de « La Femme Lunaire (Intro) »

  1. J’ai eu cet « éveil » principalement chez AMA où nous avions créé un cercle de femmes très très en phase avec leurs ressentis féminins profonds.

    Je me souviens très très nettement de mes premières règles, dans le genre « passage » en « négatif », ce fût pas mal… Peut-être ferai-je un billet là-dessus d’ailleurs.

    Je souhaite très fort que pour ma fille, les choses se passent de belle façon, que ce soit un « passage » également mais bien vécu, avec toute la symbolique positive qui s’y attache.

    Je lui proposerai sans doute qu’on lui organise une « fête », une « cérémonie » pour ce passage… le problème est avec qui ? Qui est aussi « spéciale » que moi, que nous par ici ?

  2. AMA ? Agence Mondiale Antidopage 🙂 ?
    J’aimerais bien aussi lui proposer une cérémonie (au sens de célébration, pas forcément un truc guindé, rigide, empesé)… d’ici là nous aurons le temps d’avoir trouvé avec qui 🙂
    J’ai des références (ok, une ou deux) de magazines en anglais assez sympas pour les jeunes filles, très « girl powa » mais dans le « bon » sens (enfin à mon goût !)…. peut-être qu’elle y puisera aussi des idées !

  3. Je viens de lire l’article et du coup j’ai des souvenirs qui reviennent, j’aime beaucoup ton récit.
    La Diva cup quel progrès!! J(ai remis une serviette effet sec l’autre fois car cuisine en chantier et pas de stérilisation possible : horrible, pas sec du tout, plein de plastique et de dioxine, beurkk!!J’ai aussi utilisé des tampons Natracare en coton bio, ça va mais il faut se changer si souvent!! On s’habitue vite au confort des coupes.

    J’adore la réaction de ta fille, moi aussi si j’ai une fille j’aimerai faire quelquechose de bien!

  4. @ Taàri : merci pour la précision :). C’est que ça me ferait envie en plus…

    @ Carabosse : Je te souhaite de tout coeur de pouvoir partager ces moments avec ta fille… j’ai lu combien votre route serait longue avant de pouvoir rencontrer vos enfants, je vous souhaite de garder confiance et espoir tout au long du chemin.

    Je te rejoins complètement sur la DivaCup; pour ma part, il est inenvisageable de faire marche arrière, j’échangerais pas ma cup contre un baril de tamp*ax !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*
Site web